ÊTES-VOUS FIER·E ?

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Et si on parlait de la fierté ?

Ce concept un peu flou qui sert à la fois à galvaniser des manifestations, à nourrir parfois un chauvinisme douteux, ou à donner l’impression d’avoir gravi l’Evrest rien qu’en existant.

J’ai toujours été étonnée par cette injonction à “être fier” d’appartenir à un groupe. Fier d’être LGBT+. Fier d’être une femme. Fier d’avoir telle origine, telle couleur de peau, tel corps, tel handicap. Comme si le simple fait d’être devenait un motif d’exaltation, une émotion obligatoire.

Pourtant, je ne ressens aucune fierté particulière liée à mon orientation sexuelle, à mon genre ou à mes origines. Ces choses-là ne relèvent pas d’un accomplissement personnel. Elles relèvent de ce que je suis, simplement.

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Ce que disent les dictionnaires

Avant qu’on me jette des cailloux virtuels, clarifions ce que recouvre réellement cette idée de fierté.

Selon le Dictionnaire Larousse, la fierté est définie comme :

« Sentiment de dignité, d’honneur, estime de soi : Avoir de la fierté. »

« Sentiment de satisfaction que l’on tire de quelque chose ou de quelqu’un qui est digne d’estime : Éprouver de la fierté à la réussite de ses enfants. »

Le Dictionnaire Le Robert propose également :

« Sentiment élevé de sa propre dignité, de son honneur. »
« Satisfaction légitime d’accomplir ou de posséder quelque chose de louable. »

La fierté peut être comprise de différentes manières :
soit comme un sentiment de dignité personnelle, soit comme une satisfaction liée à une réalisation ou une qualité estimable.

Peut-on être fier de ce qu’on n’a pas accompli ?

Je n’ai rien “fait” pour être d’origine italienne. Je peux aimer mes racines, reconnaître ce qu’elles ont produit en moi, ressentir de la joie lorsque j’entends l’italien ou que je me rends dans des lieux qui me sont familiers. Mais ce n’est pas de la fierté. C’est de l’attachement, le sentiment d’appartenance. La reconnaissance de ce que je suis à travers quelque chose d’extérieur, les traditions qui m’émeuvent parce qu’elle rassemblent et celles que je déplore parce qu’elles divisent ou me semblent insensées. C’est trouver des semblables avec qui j’ai déjà des points communs et des références communes. Elles facilitent la création de liens, parce que je ressens une sécurité intérieure devant ce que je connais.

Ça ne vous rappelle pas quelque chose ?

Ce sentiment de familiarité envers ce que je connais, c’est exactement l’inverse qui produit l’insécurité devant ce qu’on ne connaît pas.

La peur ne vise pas la personne en face ; elle vise le manque de repères partagés.

À cette inconfort légitime devant ce qui nous est inconnu, s’ajoutent les comportements. Eux sont de notre responsabilité qui peuvent devenir un véritable rejet de l’autre, du racisme, de la violence, etc. ou bien une curiosité qui ouvre la recherche de références communes et donc, la création de lien ou encore simplement la reconnaissance de la dignité de l’autre.

Si demain j’apprenais que mes origines étaient complètement ailleurs, j’irais probablement chercher la même sensation de lien ; pas la fierté d’être quelque chose, mais la reconnaissance de ce que cela crée en moi.

Et la fierté d’être une minorité ?

Puis-je être “fière” de mon attirance pour les femmes ?
Non. Ce n’est ni un exploit, ni une décision, ni une réussite. Pas plus qu’être attirée par les hommes ne serait un motif de fierté. L’usage et l’interprétation du mot “Pride” nous induit souvent en erreur.

Historiquement, la Pride n’a jamais été une fierté de l’orientation en elle-même.

Les mouvements LGBT des années 70 utilisaient le mot “pride” comme un antidote à la honte imposée.
 
Ce n’était donc pas : “soyons fiers d’être X” ; c’était : “vous ne nous ferez plus avoir honte” !
 
C’est une fierté de résistance et de dignité. La fierté d’une action collective à réparer un système qui fait preuve d’injustices envers un groupe d’humain, pas la fierté d’identité intime.
 
Je pense que c’est important de s’en souvenir. Il en va de même pour tout type de groupe opprimé.

La souffrance de revendiquer son identité

Je crois pouvoir dire sincèrement que je n’ai rarement autant souffert dans mon identité qu’au moment où je me suis acharnée à la revendiquer

Je me trompais de combat. À force de vouloir prouver qui j’étais, j’ai fini par concentrer toute mon attention sur le rejet possible et rendre légitime un débat qui n’a pas lieu d’être sur mon identité intime.

Plus nous cherchons les signes d’acceptation, plus notre cerveau amplifie les indices d’un éventuel rejet : nous nous mettons à scruter, interpréter et confirmer notre propre inquiétude.

Une cercle de souffrance sans fin…

J’ai arrêté de souffrir le jour où j’ai compris que je défendais un état intrasèque, alors que mon énergie était davantage nécessaire vers ce que je fais de qui je suis.

J’ai donc cessé de m’excuser d’être, cessé de cacher, cessé de “montrer”. Être n’est pas de mon fait (à part le choix de rester en vie mais… soit.).

J’ai continué à me promener dans la rue en tenant la main de la personne que j’aime, à maintenir ma spontanéité sans imaginer ce que les gens en pensent, sans décoder les regards comme s’ils contenaient un verdict.

Je choisis d’agir ou de réagir uniquement si quelqu’un vient explicitement me dire que « ça le dérange ».

Dans ce cas… ma réaction ne serait pas de dire « Je suis, j’ai le droit » ou « Tu es X ». Mais simplement d’agir en sachant que c’est SON inconfort et non le mien.

Je n’ai pas à porter la charge émotionnelle de cet inconfort, de son dialogue interne ou de sa peur de la différence. Si j’estime n’avoir porté atteinte à la dignité de personne, ses émotions ne me concernent pas, même si ma simple existence la lui renvoie. 

Elles lui parlent à lui, c’est lui qui à une problématique lié à mon orientation, mon genre ou mon ethnie. De la même façon que lorsque j’ai une réaction interne à la différence d’autrui je gère avec moi-même, je n’ai pas à lui faire subir mon inconfort quant à ce qu’il est

À cette inconfort légitime devant ce qui nous est inconnu, s’ajoutent les comportements. Eux sont de notre responsabilité qui peuvent devenir un véritable rejet de l’autre, du racisme, de la violence, etc. ou bien une curiosité qui ouvre la recherche de références communes et donc, la création de lien ou encore simplement la reconnaissance de la dignité de l’autre.

La fierté : un sentiment qui revient toujours à soi ?

Et finalement, la fierté n’est-elle pas un sentiment qui revient toujours à soi ? Un retour de responsabilité ? Une manière de dire : “J’ai une part dans ce qui a été fait” ?

Quand quelqu’un dit “je suis fier de toi”, il ne parle jamais uniquement de toi. Il parle aussi de lui-même. De ce qui, dans ce que la personne fait, résonne avec ce qu’il pense lui avoir transmis, enseigné, accompagné.

Pourquoi avons-nous besoin que nos parents soient fiers de nous ? Sommes-nous vraiment d’accord pour que ce que nous sommes soit symboliquement relié à leur personne ?

Parce que si la fierté suppose une forme de responsabilité, alors souhaiter qu’un parent soit “fier” de nous revient, quelque part, à accepter que notre identité ou nos actions leur appartienne un peu.

Si quelqu’un n’a aucune responsabilité dans ce qu’on fait, est-ce encore de la fierté ? Ou est-ce simplement : de l’amour, de la joie, de l’admiration ou de l’empathie ?

Par exemple, je ressens énormément d’amour pour l’homme que devient mon grand frère. Je pourrais en être fière si j’y étais consciemment pour quelque chose, mais ce n’est pas moi qui l’ai construit.
 
Je souhaite que la fierté lui revient pleinement. Parce que je ressens, ce n’est pas de la fierté, c’est de la reconnaissance, de l’admiration, de la joie pour lui.
 Un amour sans appropriation. La fierté, elle, reste un sentiment qui ramène toujours à soi. Alors je peux par contre être fière de nous quant au lien que nous choisissons mutuellement de nourrir l’un envers l’autre. Parce qu’ici j’y suis pour quelque chose et lui aussi.

Alors, de quoi devrions-nous réellement être fier ?

De ce qu’on fait de qui nous sommes, de ce qu’on traverse, de ce qu’on construit, des choix qu’on pose, de notre capacité à apprendre, réparer, recommencer, des relations qu’on entretiens, de notre parcours mais aussi des petits gestes, des efforts discrets, des pas minuscules qui changent notre trajectoire ce qu’on a envie de vivre.

Ce n’est donc pas au fait d’être, mais à celui de devenir.
Nous n’avons pas à revendiquer notre existence ; elle est déjà là, entière, complexe, nuancée.

Cette identité, c’est une donnée de départ.
La dignité est un droit.
La fierté ; un mouvement.

Alors soyez fier de ce que vous construisez, de ce que vous choisissez, de la manière dont vous vivez, du courage que vous mettez à aller vers les objectifs que vous vous êtes vous-même posés, de la douceur que vous vous accordez, des changement que vous effectuez…
Et de votre capacité à mieux rater aujourd’hui qu’hier, simplement parce que vous avez persisté dans ce qui comptait.